#4  posté le mercredi 01 octobre 2008 18:56

 

-J'ai menti.

Voilà ce que Micky finit par me dire au bout d'une demi-heure de silence. Quand je pense que j'aurais pu gratter la moisissure de mes murs, que de temps perdu...

-Ca ne m'est pas égal, pas du tout même. Je veux que tu réussisses, vraiment. Parce que tu sais quoi? J'en ai plus que marre qu'on me dise que j'ai tellement bien réussi par rapport à toi, ras-le-bol qu'on me dise que mon frère est un glandu, tu peux comprendre ça, hein? Ou ton cerveau est resté coincé dans ce lit dégeu?

Cause toujours, tu m'interesse... Tiens, je me suis cassé un ongle? Dommage que je n'aie plus d'argent pour me payer une lime... Mais Micky a dit qu'elle s'inquiètait pour moi, donc elle me donnera de l'argent bientôt. No problem.

-CAMILLE?, hurle-t-elle, exasperée par mon manque de réaction.

-Oui Micky-love?

Oh, donne-moi mon argent qu'on en finisse!

-Je ne te donnerai plus rien...

Huh?

-... Premièrement parce que je n'en ai plus les moyens, et surtout parce que je n'ai pas l'impression de t'aider en agissant comme je le fais.

Mais si!

-Hein? Tu m'abandonnes?

Elle soupire, et commence un discours plus ennuyant que jamais: "blablabla apprendre à pècher à un  homme, pas lui donner du poisson, blablabla responsabilités, blablabla, demande à James de t'aider...

Micky a l'air de vouloir prendre racine... Il faudrait faire quelque chose pour la convaincre que le message est passé, dans un élan fraternel (je ne la verrai plus pendant longtemps! Joi... malheur!), je la serre dans mes bras et lui dit qu'elle a pris la bonne décision. Quel plan diabolique.

-T'inquiète, grande sœur! Je vais me débrouiller sans toi!

Elle ne sait pas bien comment prendre ce que je viens de lui dire et son visage oscille entre la joie et la colère. Finalement elle m'embrasse sur la joue et se lève. Devant la porte, elle s'arrête et me rajoute gentiment:

-Bonne chance, p'tit frère!

Et elle s'en va tranquillement.

Au fait, on fait comment pour se dérouiller?

 

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#5  posté le dimanche 05 octobre 2008 01:14

J'aurais bien pu faire une recherche sur internet, pour trouver la réponse à ma question. Malheureusement, je n'ai pas d'ordinateur, ni même d'argent pour aller au cyber café.

J'ai donc rassemblé mes connaissances sur mon "quartier" et me suis rappelé d'une... agence de travail, l'a-quelque chose, pas très loin de mon... euh... trou à rat?

Ce qui nous amène donc, au moment où je franchis la porte (rouge, reluisante, ils ne s'ennuient pas ici!), pour entrer dans une pièce qui déchire sa mère-comme on dit dans mon quartier. La parquet chic a l'air tout à fait propice à une séance de patinage, le bureau chic  fait la taille de mon chez moi et un tableau chic décore la pièce. C'est chic, en somme. J'ai bien fait de mettre ma plus belle (seule) veste.

Le sauveu... l'employé de l'a-machin est en pleine conversation avec un homme au T-shirt jaune vif. Il porte par ailleurs un costume à carreaux de toute laideur. Bon, visiblement le peuple d'ici a autant, si pas moins de goûts que Micky, ça va nous rapprocher. Je touche avec fierté le tissu de ma veste, me félicitant de mon génie (!) vestimentaire.

Plein de bonne vonlonté, je vais m'assoir sur les quelques fauteuil plus blanc que blanc (grâce à Dash?), où séjourne déjà une jeune femme plus blanche que blanche elle aussi. Elle a la peau tellement translucide que j'ai l'impression de voir à travers, ses cheveux sont, bien sûr, blond platine et seul ses yeux apportent un peu de couleur à son visage. Yeux qu'elle tourne d'ailleurs vers moi tandis que je m'assied. Je lis dans son regard vert que le massacre des bébés phoques c'est moi, les deux guerres mondiales, c'est moi, et la crotte de chien dans laquelle elle a marché ce matin, c'est moi aussi. Mal à l'aise, je la salue poliment, elle secoue sa mèche de cheveux d'un air exaspéré et se saisit d'un gros livre sur un table. Le message est d'autant plus clair, que ce gros livre, en l'occurrence, c'est le botin.

Je me résous à être un bon garçon, et à attendre que T-shirt fluo ait fini son discours interminable. L'horreur: ayant trop peur de repasser devant glaçon suprême, je n'ai pas de lecture et je suis donc obligé d'écouter ce qui se dit.

"...oui, alors voilà, moi ma spécialité, c'est les pigeons de compétition, alors j'aimerais trouver un travail où on s'occupe des pigeons, et s'ils sont de course.. euh! de compétition, des pigeons champions-pas champignons, hein! haha-si vous voulez. Et enfin voilà quoi... Parce que vous savez, le pigeon est un animal très passionant..."

J'aurais presque envie de le taper, et de lui arracher ce T-shirt immonde, mais j'ai peur que lui me frappe alors je prend mon mal en patience.

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#6  posté le dimanche 05 octobre 2008 01:24

Finalement, mon tour arrive. Alana (oui, j'ai nommé ma voisine blonde Alana la toundra), a passé trois bons quarts d'heure à parler de sa spécialité: les distributeur de préservatifs. Comme quoi.
Je m'assied en souriant sur un siège blanc (encore!), essayant de donner une impression de bonne humeur et de motivation. Je suis un acteur formidable. Monsieur Faurrhe, c'est comme ça que s'appelle mon vis-à-vis, l'éleveur de pigeons fous a vendu la mèche tout à l'heure. Je crois que je l'appelerai calvitie naissante, à cause des cheveux qui lui manquent sur les côtés et qu'il essaye assez pitoyablement de cacher sous trois tonnes de gels, ou est-ce de la graisse de phoque? Je suis coupé dans mes pensées par la voix de calv... du respectable monsieur Faurrhe:

-Bonjour monsieur..., monsieur?

-Monsieur Green, enchanté.

J'en vois un seul qui rit, je l'assomme. La seule chose qui m'a permi de survivre toutes ces années, c'est le calvaire de ma sœur. "Eh! Micky Green! Tu chantes?" Rien que le souvenir me met de bonne humeur.

-Eh bien, monsieur Green, que recherchez-vous comme emploi.

Plusieurs mots me viennent spontanément à l'esprit. "Pas fatigant, "paye bien" et "pas loin de chez moi"(quoique, là, j'hésite). Mais ça ne ferrait pas sérieux. Je prend donc ma voix la plus sensuelle et répond:

-Oh! Vous avez, je ne suis pas difficile!

Le visage de Faurrhe se fige. Bon signe...?

-Oh vous les paresseux! J'en ai ma claque...

Pas bon signe.

-...vous vous attendez à ce que tout vous tombe dans la bouche simplement en faisant le déplacement!

 

C'est vrai mais je suis outré quand même.

-Mais ce n'est pas comme ça qu'on  réussit! Non, monsieur! Ce n'est pas en mettant une veste... fantaisiste pour un entretien crucial qu'on devient Quelqu'un! Il faut se battre, vous m'entendez? Se battre!

Evidemment, le fou du service, c'est pour ma pomme. Le contraire m'aurait étonné. Je sais bien que je ferais mieux de le laisser s'énerver et d'essayer de le raisonner ensuite, mais il m'a rabaissé plus bas que terre! Il a inqulté mon amour propre et ma dignité: ma garde robe!

-Très bien!, je hurle, tant pis! Je me débrouillerai tout seul! Vous le regretterez quand je serai millionaire et que je refuserai de vous donner même un sou!

Et je me retrouve, sans vraiment tout comprendre, dehors et toujours sans travail.

-Eh merde...

-Ça, tu l'as dit..., soupire une jolie voix à côté de moi.

 

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#7  posté le dimanche 05 octobre 2008 12:44

Je me retourne précipitamment (j'ai peur!) pour découvrir... un roux! Mais c'est une conspiration? Parce que là, premièrement je suis traumatisé à vie par un taré et qui vient me consoler, un roux?!

Mais je ne lui dit pas d'aller se faire voir. Pour une raison qui m'est inconnue. Peut-être sa jolie voix où ses grands yeux dont la couleur est presque identique à la mienne? Ou alors simplement, je suis trop épuisé pour lutter contre la rousseur? Ça doit être ça.

Et il continue à me regarder en souriant. sa bouche est percée et il a ses écouteurs collés à ses oreilles. Le petit jeune typique, sauf qu'il a les yeux un peu trop calme, un peu trop mature.

Malgré tout, principes obligent, je me sens obligé de le remballer un peu:

-Eh quoi? T'as un problème?(la vie dans une banlieue pourrie laisse des traces)
 
Le petit roux semble un peu surpris, il écarquille ses yeux et pendant un instant j'ai peur qu'il se mette à pleurer. Ou pas.

-Qu'est-ce-que tu m'agresses?

Visiblement lui non plus il ne vit pas dans une somptueuse villa.

 

-Tiens, remarque-t-il en désignant la porte du menton, tu es sans emploi toi aussi...?

Non, j'adore juste aller faire semblant de chercher du travail, ça rentre vraiment dans la liste de mes passions, avec la chasse aux poissons à plumes de Patagonie, bien sûr. C'est Sherlock Holmes ce type. Et en plus il parle tout le temps:

-Non, c'était juste pour savoir si tu réussissais à trouver quoi que ce soit... Parce que, enfin, je fais tout ce que je peux et.. enfin...

Euh... Je crois pas non... Je rappelle, c'est moi qui ai besoin d'être consolé, moi qui vient de me faire poignarder l'ego... Moi, d'accord? Pas juste un gars-que je connais même pas d'ailleurs- qui débarque comme ça et qui espère que je vais l'écouter me raconter sa vie... Il a cru! J'ai autre chose à faire.

-Tu veux pas qu'on discute un peu? Vu qu'on est dans la même galère?

J'éclate de rire intérieurement, mais pas question! Et puis, extérieurement, je répond  "d'accord", d'une voix presque (j'ai dit presque!) gentille.

J'ai besoin de vacances.

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#8  posté le mercredi 08 octobre 2008 15:20

Je suis au summum de cette situation. Qui n'est absolument pas normale depuis le début, je précise.

Primo, je suis sorti de chez moi pour travailler. Rien que ça, j'aurais dû me remettre en cause, questionner le sens de ma vie, où vais-je, qui est-je? Secundo, j'ai suivi un roux dans le but de l'écouter me raconter sa vie. Sommes toutes, J'ai trahi mon moi profond.

Et où, à quel endroit précis et pas stratégique me suis-je retrouvé? Au parc. devant mon immeuble.

La bonne blague. Si j'aimais la nature, je vivrais à la campagne avec mes amies les vaches, on ferair des milka parties et on se taperait des buffets santés. Je ne vis pas à la campagne: je respire la pollution et j'aime ça!  Je respire la pollution mais loin, trèèès loin de mon taudis. je préfère oublier qu'il existe, si je peux choisir.

Mais Rouki a décidé d'aller à ce parc alors je suis. Je ne vois qu'une solution: le chauve de tout-à-l'heure m'a volé mon cerveau.

Et Louis, car c'est son nom, a commencé son récit. J'ai l'impression qu'il ne terminera jamais. Donnez-moi une corde.

Tiens, à propos, voilà un nom qui m'aurait plu. Louis. Masculin mais pas paysan. Juste bien.
Manque de bol, c'est lui qui en a hérité, et son visage est tellement délicat qu'il aurait pu s'appeler Louise sans choquer. Ou Camille. Je lui proposerai d'échanger, il a l'air désespéré, il accepterait peut-être...

-Parce que tu vois,... euh...

-Camille, je répond du bout des lèvres, accentuant bien le île de la dernière syllabe. Histoire de subir le "Mais c'est un prénom de nana!" suivi d'un regard douteux dès le début.

-Enchanté Camille! Donc je disais, tu vois, de la mauvaise musique? Un mauvais chanteur? De ceux qui essayent de faire come-back sur come-back, de se renouveler et qui ratent à chaque fois? C'est moi, ça. Je ne chante pas, mais c'est le même schéma. Et comme si ça ne suffisait pas, je suis entouré de gens brillants, l'élite. L'ironie du sort, je suppose.  La fatalité, le destin! Tous des grands mots pour dire que je suis pas fichu de faire quoi que ce soit correctement.
Je pourrais te sortir le célèbre "déjà gamin...", d'ailleurs je le fais: déjà gamin, je ratais les dessins, les déguisements, les activités sportives. Le mouton noir de la classe comme on dit maintenant.
L'adolescence, pareille. Enfin, pire. Les mêmes échecs, les mêmes déceptions mais avec une sale réputation comme cadeau surprise. Et là, à ce moment, je me suis dit que c'était fini, ça pouvait pas être pire, logiquement. Toucher le fond de la piscine pour remonter...

J'aurais presque pitié de lui. Mais je commence tout doucement à retrouver ma vraie nature, et par conséquent, je m'en fous complètement. Malgré tout, l'intelligence sous-jacente de son discours, ou le fait qu'il ne se soit pas moqué de moi, m'empêche de le rabaisser.

Non, soyons sérieux une seconde: si son cerveau m'inspire vaguement de la sympathie, c'est son visage qui retient mon attention et me retient de me défouler sur lui.

Au delà de ses yeux et de son visage de porcelaine, ses traits sont délicats, finement dessinés.
Je pourrais le détester pour son physique, mais cette apparence androgyne n'a pas toujours dû être des plus facile à porter, et je suis finalement bien content avec mon air cynique et mes traits durs.

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