
Micky, sans me
demander mon avis, s'assied sur mon lit. Je me trémousse un peu,
attendant qu'elle relève la tête. Quand elle le fait, je sens mes
poils de bras (blonds et longs d'un millimètre-pas de fausse joie)
se hérisser sur mes avant bras. Ma pauvre soeur a dû en prendre
pour dix ans de rides d'expressions! Vingt-sept ans sans s'arrêter
de sourire et voilà que d'un coup elle me fait une tête toute
triste. J'en serais presque remué. Presque.
Elle reste sans rien dire. Pour me culpabiliser peut-être: "Regarde
petit frère, comme tu me rend triste, moi la plus joyeuse de
toutes!" A vrai dire, ça me donne plus envie de m'enfuir mais
saluons l'effort. Saluons également la laideur de cette robe!
Comment est-ce possible de porter quelque chose d'aussi moche?
Franchement, je suis encore en pyjama et malgré tout mieux habillé!
Ca, ma belle, c'est du ringardisme de competition! Et
d'ailleurs...
-Cam... murmure-t-elle doucemment.

-Tu sais, Camille, que tu sois un raté toute ta vie, j'en ai profondément rien à foutre.
Elle a accentué mon nom. Camille, avec le ille de île, très joli. Comme toujours par ailleurs. Dommage que ce foutre ait suivi. A foutre, du foutre. Micky? Qu'est-ce-qui t'arrive?
Et je sais qu'elle a raison, ce n'est qu'un caprice d'enfant, dans le fond, de me faire entretenir, ça ne la regarde pas et elle n'a pas à se mèler de mes affaires. Je lui répète sans cesse.
Mais merde! C'est ma soeur! C'est elle qui doit être là pour moi, c'est ma famille! Alors ouais, ça fait mal, passez-moi l'expression, au cul.
Je m'assied à côté d'elle, sur ce vieux matelas défoncé qui pue le chips moisi (?).
Et alors que la nuit tombe, elle lâche un "j'en ai marre", et se tait.
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