
Je me prénomme
Camille. Drôle de nom. Surtout pour un garçon.
Mes parents, adeptes de tolérance, égalité, et compagnie, l'ont
choisi pour son prétendu symbolisme: "Mais regarde Camille! C'est
parfait! Un jeune homme avec un nom féminin! A mi-chemin entre les
deux sexes!"
Ce qui me fait bien rire car je suis absolument certain que ce
n'est pas l'égalité des sexes qui les a guidé dans ce choix, mais
l'herbe.
Bien sûr (bien sûr!), j'aurais pu être de ces gars virils et
musclé, qui sentent la vraie sueur qui pue et qui susurre: "salut
belle gosse, on s'mélange?", si j'avais été de ceux-là, j'aurais pu
m'exclamer en bombant mon torse (poilu): peu importe mon nom! Je
suis un homme, un vrai!
J'aurais pu. Mais non. Je ne pue pas, malgré mes nombreux efforts,
je suis décris comme délicat et respectueux et pire que tout, je
n'ai pas un poil sur tout le corps.
Et je reste persuadé que c'est pour cette raison (l'absence de
poils, vous suivez?), que je viens de passer la nuit sur un matelas
brun, sans couverture, dans un appartement où même un chien aurait
refusé d'uriner.

A ce moment,
alors que je suis en train de me demander s'il est possible de
rendre mon appartement plus laid qu'il ne l'est déjà (j'en doute),
j'entends trois petits coups à la porte. Je sais déjà qui est
l'enfoir... opportun qui ose me déranger à... quinze heure-autant
dire l'aube!
Une personne qui compte me sermonner, me dire avec les poings sur
les hanches que ça ne peut plus durer! Qu'il est temps pour moi de
trouver un travail sérieux, qui me permettrait de vivre
correctement. Je n'ai absolument pas envie de me faire hurler
dessus dès le réveil, mais cette même personne, accessoirement,
m'entretient (entretenir est un bien grand mot, je trouve, vu la
misère de mon logement). Au terme d'un dilemme intérieur d'au moins
dix secondes devant ma porte, je décide d'ignorer les toquements de
plus en plus en plus insistants et d'aller me recoucher avec
délectation.
-Camille! Ouvre-moi! Je sais que tu es là!
Je fronce les sourcils et fait abstraction du bruit pour m'endormir enfin. Une bonne grasse matinée en perspective. Ou pas.

Parce que c'est ça, le grand désavantage des appart à deux balles, il n'y a pas de verrou.
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